~~~~Pakistan~~ 18 août - 23 septembre 2009
mardi 1 septembre 2009
Le petit sachet de dattes
En France on en entend parler de facon presque marginale, excepte dans quelques quartiers.
On a egalement une poignee d'amis qui le font, mais on avait finalement toujours vecu cette periode ''de l'exterieur'', en profitant surtout des etalages de patisseries orientales...
Le ramadan nous a accompagne pendant toute notre traversee du Pakistan. On ne pouvait pas rever mieux pour le vivre que ce pays entierement organise par l'islam.De ''contrainte'' le mois de ramadan est devenu source de beaucoup d'echanges tres interessants, notamment sur l'islam que nous connaissions tres peu.
Par exemple, saviez vous que les musulmans croient en Jesus Christ, au message de la Bible et de la Torah ?
Dans la partie Nord du Pakistan (de la frontiere chinoise jusqu'a Karimabad), nous retrouvons beaucoup de musulmans ismaeliens, comme au Tadjikistan. Ils ont pour guide Agah Khan qui vit a Geneve. Nous en avions un peu parle dans l'article ''Une piscine dans le desert - Khorog - Tadjikistan''. Les Ismaeliens ne font pas le ramadan, contrairement aux musulmans sunnites et chias qui vivent a leurs cotes.Pour nous, le choix a ete rapide : la journee on vit avec les ismaeliens, en s'arretant dans les petits restos qui restent ouverts (mais rideaux fermes : on se cache), et la nuit on fait la rupture du jeune avec les sunnites ou chias. Comme ca, pas de jaloux !
A partir de Karimabad, la tres grande majorite des musulmans est sunnite et le ramadan omnipresent. Toutes les personnes que l'on rencontre nous demandent si on le fait. Par respect pour eux, nous nous cachons pour manger ou pour boire, Parfois ca donne lieu a des situations cocaces en se retrouvant avec trois dattes dans la bouche a devoir parler avec un homme sorti de nulle part, tout en essayant de masquer le fait qu'on mangeait. Dans un village, on a meme ete jusqu'a planter la tente pour pouvoir boire sans etre vus ! C'est etonnant le sentiment de culpabilite qui s'installe quand on mange ou que l'on boit ici, meme si officiellement nous en avons le droit en tant que voyageurs ou chretiens !
Nous sommes aujourd'hui dans un petit village en montagne, au-dela de Naltar, en remontant une vallee tres raide depuis Nomal sur la Karakorum Highway. Ca sent bon les pins !
Trois jours plus tot, deux jeunes sympas nous avaient charges sur leur tracteur pour la derniere partie de la piste. Le tracteur s'etait ensable, avait beaucoup fume, mais finalement avait atteint Naltar le haut a la nuit tombante. Surprise : pas d'hotel en periode de ramadan. Pas d'autre touriste de toute facon.

Ce matin, nous rencontrons Habib en sortant de notre tente. Il est chairman dans le village de Nomal mais monte quand il peut avec sa femme a Naltar ou il fait pousser des pommes de terre. Il nous invite chez eux.
Des amis et un cousin sont egalement la, et nous rencontrons sa femme. Nous cuisinons l'apres midi avec eux : des chapatis (pains plats faits de farine et d'eau, avec lesquels on attrape la nourriture pour manger car il n'y a pas de couverts), une sorte de soupe ainsi qu'une tete de chevre decoupee a la hache.

On est heureux de pouvoir vivre ce moment a deux car hier on a ete invite dans une famille sunnite qui nous a separes : Albane a passe la soiree avec toute la famille, pendant que Benoit mangeait seul dans une autre piece (versez une petite larme !) avec comme unique lien les enfants qui apportaient les plats. Le mari aurait normalement du manger avec Benoit, mais la curiosite de rencontrer Albane avait ete plus grande que le reglement visiblement !
La rupture du jeune a lieu le soir, vers 19h30 (l'heure change chaque jour avec le soleil).Pendant la derniere heure, tous les hommes sont suspendus a leurs montres :
........Plus que 40 minutes...
On parle, mais on sent que l'attention commence a se focaliser sur l'heure...
........Plus que 30 minutes....
On est completement replonge dans l'atmosphere de la nuit de Noel, quand les enfants attendent devant le sapin le moment d'ouvrir les cadeaux !!Les odeurs qui s'echappent des marmites encore sur le feu viennent titiller nos sens.
Quelle heure ?
Habib verifie que son telephone portable est a la meme heure que ma montre :
........Plus que 15 minutes...
Tout est pret devant la maison : une toile ciree etendue par terre sert de nappe. Un petit sachet de dattes, des bananes et des pommes, du raisin, et de l'eau. On reajuste encore une fois les plats pour que ce soit joli.
........Plus que 5 minutes...
Le chant de l'Imam jaillit du haut parleur comme une liberation.
Une derniere priere... et c'est la rupture du jeune :
Le petit sachet de dattes circule. On en prend une et la mange solennellement pour rompre le jeune. Un verre de lait ou d'eau, puis les fruits. La soupe. Une cigarette. La tension creee par l'attente retombe.La nuit est tombee.
On rentre dans la maison pour une nouvelle priere.
On etale a nouveau la toile ciree, on apporte les chapatis et la tete de chevre dans sa marmite.
Des amis de la famille viennent se joindre a nous un peu plus tard. Le Ramadan est aussi une periode pour se retrouver entre amis, en famille.
Poliment ils attendent qu'on aille se coucher, puis filent au lit.
Demain, reveil a 4h30 pour prier puis dejeuner avant le lever du soleil !
Histoire d'un flocon sur la Karakorum Highway
Je viens juste d'atterir, porte par des nuages venant du sud. Je suis gele, et j'ai arrime mes dendrites sur un glacier. Le temps que les nuages se dissipent et je fais un tour d'horizon.
Plutot chanceux a premiere vue : devant moi ce ne sont que des sommets et glaciers a perte de vue, qui pointent entre 7000 et 8000 metres d'altitude. En me penchant, j'apercois une vallee beaucoup plus bas. C'est tres raide.
Brouhaha entre flocons : on essaie de se reperer. On serait sur le Shanjerab, un sommet qui domine la Karakorum Highway, un peu apres la Khunjerab pass (frontiere Chine-Pakistan a 4600m).

Le soleil commence a taper, j'ai les dendrites qui fondent. Je m'accroche comme je peux au glacier, mais je sens que je glisse ineluctablement vers la pente...
. Et c'est parti !

Je glisse, bondis et rebondis de pierres en pierres en creant des jeux de lumiere avec le soleil, rejoint par des milliers de flocons liquefies.

3000 metres plus bas, je suis happe par un canal a ciel ouvert. Je quitte le lit du torrent pour poursuivre mon chemin trace dans la falaise sur des kilometres. A pics et surplombs vertigineux que les hommes ont defies pour apporter l'eau des glaciers vers les cultures, par endroits en ajoutant des murets de pierres qui tiennent par miracle sur la falaise.
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Ecluse ... je me la coule douce maintenant dans un verger d'abricotiers, tres loin du rafut du torrent. Enfants et adultes ramassent les fruits pour les faire secher au soleil avant de les vendre plus bas dans la vallee, a Gilgit. Un peu partout, les corbeilles d'abricots colorent les toits et les murs de pierres de taches orangees.
Nouvelle ecluse. Je longe un champ dans lequel
les femmes coupent les foins a la faucille, puis rejoins une ruelle du village de Khaibar que je descends plus vite dans un gargouilli qui se mele aux meuglements des vaches dans les etables. 

C'est un village que l'on a beaucoup aime. Le premier village dans lequel on a rencontre une famille pakistanaise en fait. Les enfants sont venus nous accueillir avec des abricots sur la route, puis se sont amuses a danser et chanter en se prenant en photo.


Leurs familles nous ont invites a planter la tente dans le village. Un moment tres agreable, parmi les moments qui nous ont le plus marque depuis le debut du voyage, et dans un paysage de reve !
Le contraste est saisissant entre les glaciers, puis les pentes minerales et arides des montagnes, transformees miraculeusement en champs verdoyants par le trait artificiel horizontal des canaux. Et la vie paisible des villages.
On a ete frappe par le bonheur et la joie qui se degagent des habitants de la vallee de Hunza dans laquelle nous sommes.
On parle de la vision du Pakistan en France, de la vie ici, de la vie chez nous, de leurs projets. Mohammed nous parle aussi de la peur qu'ont les villageois vis a vis des talibans qui projetaient de faire la connexion avec la Chine depuis l'Afghanistan en remontant la vallee.
Avec la mort du chef taliban il y a 3 semaines dans un bombardement, ils esperent que la situation s'ameliorera d'ici quelques annees, et nous invitent a revenir.
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Retour au flocon. Le courant m'entraine :
je quitte le village, longe des champs de mais et de ble avant de sauter une derniere cascade qui plonge dans la fougue de la riviere Hunza. Je bois la tasse et refais surface.
Les eaux sont noires. Kara-korum... on retrouve la couleur Kara comme pour Karakul (le lac noir), et Korum la pierre !
La riviere Hunza est large et serpente entre les montagnes.

Je passe sous les
ponts dignes des
aventures d'Indiana Jones vers Passu : des cables et quelques bouts de bois espaces en travers. Les ponts se balancent avec le vent.
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Des milliers d'ouvriers pakistanais et chinois travaillent a l'amenagement des 800 km de la Karakorum Highway qui longe la riviere. La route est perpetuellement soumise aux chutes de blocs et aux glissements de terrains des qu'il pleut.
Les ouvriers construisent des murs de soutenements, dynamitent la falaise par endroits, ou encore amenagent des evacuations pour les eaux pluviales. Le travail est pratiquement entierement fait a la main :
les ouvriers cassent les pierres a la masse, les charient sur leurs dos puis font des echelles humaines pour les monter sur les murs.
Un travail difficilement imaginable, justifie uniquement par la position geographique du Pakistan pour creer un passage entre la Chine et le Pakistan. Il aura coute la vie a pres d'un millier d'ouvriers. En apercevant Benoit et Albane a velo, les ouvriers crient bonjour et bienvenue au Pakistan en levant les bras et font pratiquement la hola !


La riviere Hunza entraine le flocon vers le beau village de Karimabad, perche avec son fort au pied du Batura Muztagh (7785m). Toujours le contraste entre les vallees verdoyantes sous la ligne rigide des canaux, et les montagnes arides au-dessus.
Je suis rejoint par le torrent qui descend de Naltar, une vallee alpine dans laquelle Benoit et Albane ont passe quelques jours dans des familles Chia et Sunnites (voir l'article sur le Ramadan) et par les flocons venus d'autres glaciers prestigieux
comme le Rakaposhi (7789m) tres imposant et qui semble veiller sur toute la vallee, ou encore le Nanga Parbat qui culmine a 8125m.
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A Gilgit je change de nom pour la Gilgit river. Gilgit est la plus grosse "ville" depuis la frontiere avec la Chine. Les chevres et les vaches sont meles aux habitants. On retrouve des ambiances de bazar, et on decouvre les mini-bus pakistanais tout aussi colores que leurs grands freres camions (voir article Bidulstan sur les camions). Un peu partout dans la ville, des soldats et policiers armes veillent en patrouilles et derriere des guerrites sur les toits. En effet, des affrontements entre chias, sunnites et ismaelites (branches differentes de l'Islam) ont eu lieu a plusieurs reprises ces dernieres annees dans la ville. 3 jours apres notre depart, deux hommes ont ete tues par des tirs.

Tout le monde est vetu d'un chevarkomiz, (nom urdu pour l'habit pakistanais). Les hommes sont coiffes d'un toppi (une sorte de berret) et les femmes d'un chale. On choisit son tissus dans un des nombreux magasins, puis on traverse la rue pour aller chez le tailleur qui nous fait un habit sur mesure. Et on n'est pas decu du resultat !
Le flocon reprend sa route vers Islamabad. Au pied du Nanga Parbat, la riviere change a nouveau de nom pour prendre le nom d'Indus... un nom mythique qui invite au voyage !
VIP : laissez passer !
A priori, ils ne connaissent pas les silencieux sur les pots d'echappement des mobilettes, les klaxons sont de plus en plus nombreux jusqu'a ne faire plus qu'un seul bruit continu, melange de plusieurs "melodies". Ils aiment les klaxons originaux ici...
Bus, camions, voitures, rickshaws (mobilette taxi a trois roues), motos, mobilettes, velos, charrettes tirees par des anes, charrettes tirees par des hommes... tout le monde cherche sa place dans ce flot continu, qui finalement ne va pas plus vite que nous a velo !
On s'arrete pour demander un hotel. Accueil pakistanais, parfois autoritaire "non, vous venez chez moi !". Avec la fatigue, on a envie d'etre seul. Il faut encore de l'energie pour s'affirmer, s'imposer, se faire entendre dans ce brouhaha. Un jeune nous accompagne a l'hotel, dans un quartier tres populaire, sale, les portes ne ferment pas.
Minute apres minute, du monde s'agglutine autour de Tobias et Albane qui gardent les 4 velos. Quand Daniela et Benoit ressortent de l'hotel, ils atteignent difficilement les velos en se frayant un passage parmi plus de 200 personnes selon Benoit, 80 selon Albane...
Concertation quasi impossible tellement c'est bruyant. On repart dans le flot de circulation, on demande un autre hotel et peu de temps apres, on se retrouve devant le meme hotel !
La nuit tombe mais pas la chaleur, on degouline ! La ville est trop grande pour penser en sortir et planter la tente. Et beaucoup de gens qui nous disent que la ville est dangereuse et qu'il ne faut pas faire confiance aux autres ! ca nous aide bien, merci ! "mais qu'est-ce qu'on fait, la ?"
Et puis enfin le poste de police, dans lequel on s'engouffre avec les velos. Soulagement ! Et on peut dormir ici. Soulagement bis ! la tension diminue, on a l'impression de revenir tout doucement sur terre. Ils veulent qu'on aille tous dans une piece avec ventilateur, mais on refuse, toujours quelqu'un avec les velos. Meme ici au poste de police, on reste en mode 'alerte' un long moment avant de se detendre.
Nuit intime a 2 par lit de camp trop court et 5 dans 10m2 avec un policier !
Nous qui voulions voyager "ecolo", c'est loupe ! pourtant, on vous jure qu'on a tout essaye pour qu'ils nous laissent tranquilles : de la demande polie a la crise de nerfs en se roulant par terre...
Mais les ordres sont des ordres et on n'y coupe pas, peu a peu on accepte.
Quand on traverse une ville, la circulation augmente et on se fraye un passage comme on peut, comme d'habitude, rien de complique ! Soudain on entend des coups de batons frappant de la tole : 2 policiers sont descendus de la voiture et "ouvrent" la route a coup de batons sur les rickshaw. Personne ne dit rien a notre grande surprise. On a honte.
Sur la 2*3 voies, la voiture de police bloque pour nous la voie de gauche. Aux grands carrefours, les policiers bloquent carrement la circulation pour nous laisser passer ! On rigole interieurement... c'est donc ca etre president ! ah non, pas tout a fait : le president est dans sa voiture climatisee, pas tout degoulinant de sueur et les fesses sur une selle...mais quand meme, on a ete un peu VIP le temps d'une journee !
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