~~~Népal~~ 4 novembre - 15 décembre 2009
mardi 1 décembre 2009
Plus y'a d'fous, plus y'a d'riz !

La traversee de l'ouest Terai, qui correspond a des plaines et collines au Nepal, nous donne l'impression d'arriver a la plus belle periode :
l
es champs de moutarde sont en fleur, et les paysans coupent les plants de riz et les etalent comme des oeuvres d'art sur les terrasses pour les faire secher.

Apres quelques temps, les femmes transportent les gerbes jusqu'au village, en accrochant ce chargement avec une sangle sur leurs fronts, pour que les hommes extraient les grains.
Des "ateliers" sont aussi organises directement dans les champs.

Au cours d'un de nos tres nombreux arrets dans un village pour observer ce travail, une famille nous appelle en souriant et nous dit "Come ! Come ! It is not difficult !!!".Le temps de mettre les batons sous nos selles, on se retrouve sur une terrasse dont la terre a ete bien balayee pour la recolte, au milieu de la famille qui nous explique comment faire :

tu prends une gerbe de riz, tu la frappes tres fort 2 fois de suite d'un cote, sur la pierre ou sur le tas, en secouant un peu entre chaque frappe pour que les grains de riz tombent, puis tu frappes 2 fois de l'autre cote, enfin tu lances la gerbe la bas pour que les femmes en fassent des tas qui serviront de nourriture aux buffalos (buffles) l'hiver.
Pas trop complique effectivement !!!
Albane passe rapidement de l'atelier "des hommes" (qui s'avere quand meme bien physique) a l'atelier "des femmes" (ben finalement, physique aussi !), pendant que Benoit s'amuse comme un fou a frapper les gerbes avec le pere, son frere, son fils et un copain du fils !Dans l'atelier "des femmes", on fabrique de longs liens avec des herbes ou des feuilles de bananier, puis on empile les gerbes en quinconce sur 1m de haut, avant de ficeler le tout avec les liens !

Pause ! On se regale avec des bananes, de l'ananas servi en petits bouts avec du piment et l'immanquable tchai ! On fait aussi la connaissance de la grand mere, 80 ans (c'est beaucoup pour ici ou l'esperance de vie est de 65 ans) : un beau visage souriant avec son nez et ses oreilles percees !
Et rebelotte avec les gerbes.
Le tas grossit, on approche les 500 kg de riz. Les femmes repartent au champ pour rapporter de nouvelles
gerbes.Petit exercice pour eviter de vous endormir pendant qu'on fait la recolte : sachant qu'il faut 1kg de riz par repas pour la famille (4 adultes et 2 enfants), avec 3 repas par jour (tot le matin, vers 3 heures l'apres midi et le soir), combien de gerbes il faut qu'on frappe pour avoir la consommation de l'annee ?
En fait on n'avait pas toutes les donnees, et notamment que la famille produit plus de riz qu'il ne lui en faut, pour en vendre une partie !!!
A midi, on a le privilege d'une pause dejeuner, pendant que les autres continuent a travailler jusqu'a 3 heures. C'est du dal bhat, le plat national : du riz, des legumes (pommes de terre, choux ou sortes d'epinards) et une coupe de lentilles ou pois en sauce. Le tout assez pimente. Au Nepal on mange directement avec la main droite, sans couverts ni pain. Le gros avantage de ce plat est que chaque famille fait son dal bhat qui est un peu different du voisin en fonction des legumes. On ne s'en lasse pas !
Le lendemain, on est plein de courbatures dans les bras et le dos !
Dire qu'on n'a jamais eu de courbatures en plus de 6000 km de velo !!!
Katmandou, mythique !!

On avait eu plusieurs echos : "Vous verrez, c'est hyper pollue et bruyant. Moi je n'ai pas aime"... ... si bien qu'en arrivant ici - notre premiere capitale a velo - le trafic, les odeurs, le bruit ne nous surprennent pas...Depuis 2 jours, on roule d'ailleurs avec des bouchons de papier toilette dans les oreilles, tres efficace soit dit en passant !
Et oui, les joies et lenteurs de l'administration francaise nous ont rattrapees... beurk !
On arrive alors dans la vieille ville avec tellement de monde qu'on
doit pousser les velos.On se croirait dans des rues commercantes, une veille de Noel !
Un peu sonnes, on avance presque automatiquement, pousses par ce flot humain, et agreablement surpris !
Deja on aime Katmandou et sa vie petillante !
Les ruelles sont bordees de vieilles maisons, avec balcons et portes en bois sculptes de facon tres fine, rien n'est bien
horizontal ni vertical, mais c'est ce qui donne tout le charme !Parfois un visage apparait dans l'encadrement d'une fenetre, profitant de loin de toute cette agitation.
Le rez de chaussee des maisons est la plupart du temps reserve aux commerces, tres bas de plafond, qui debordent litterallement, empietant sur les murs et sur la rue pour etaler leurs marchandises.


Quand ce n'est pas les commercants de la rue qui prennent l'espace, des particuliers viennent s'installer la, en arrangeant sur une bache plastique a meme le sol des vetements, chaussettes, briquets, ustensiles de cuisine, .... et chacun crie pour vendre, effectivement c'est bruyant !
En France, de telles rues seraient pietonnes, mais ici non, tout le monde a sa place (vive la tolerance ?!) : les motos et memes quelques voitures, tentent de se frayer un passage a grands coups de klaxons, creant ainsi elles-memes les "bouchons" contre lesquels elles klaxonnent...
Tiens, 2 motos qui manquent de se rentrer dedans et pilent net : on s'attend, en bon occidental, a une engueulade ! Mais non : sourires reciproques, petit balancement de tete de droite a gauche qui semble vouloir dire "bah alors, qu'est-ce que tu fais ?"... et puis ils repartent !
On se demande ce qu'ils pensent de nous quand on s'enerve contre eux sur la route....
Tres souvent, un tout petit passage, au milieu d'un mur, nous amene plies en deux a une petite cour interieure.
Un petit temple est souvent edifie au milieu de la cour.
Quand ces cours sont plus vastes, ce sont comme des mini quartiers, entourees d'une quinzaine de maisons, ou les enfants jouent tranquillement, les gens discutent assis sur les pas des portes, a l'abri du bruit et de l'agitation frenetique qui regnent dans les rues. Effectivement ici les horaires de travail semblent etre de 10h du matin a 16h environ, ce qui laisse le temps de s'occuper de sa famille et de ses amis ! ca fait envie non?
Au milieu de la ville, il y a aussi de nombreux points d'eau, ou les familles - souvent les enfants - viennent remplir des petits bidons...bien qu'on soit dans la capitale, l'eau courante n'est pas systematique !L'electricite non plus d'ailleurs, puisque tous les jours, on s'eclaire a la bougie pendant 2 a 4h, le temps que le Nepal echange avec l'Inde son electricite contre du petrole et du gaz. Et pour faciliter les choses, les creneaux horaires de ces coupures changent tous les jours !!!

Tot le matin, avant meme que le soleil ne pointe son nez, les familles les plus pauvres - enfants y compris - trient de gros tas de poubelles pour recuperer plastiques et cartons, qu'ils revendent.

Peu apres, dans la brume matinale, tandis que des petits tas de detritus brulent au bord des ruelles, les gens installent devant leur porte, sur les paves de la rue, un petit tas de "prieres" : riz, poudre rouge et jaune, fleurs, petite bougie...
Nous allons boire un tchai accompagne de beignets frits (vive l'hiver !) dans un petit resto local, ou le grand-pere cuisine, tout en surveillant son petit-fils.Une dame vient y acheter des petits gateaux qu'elle rajoute sur son plateau a cote d'une banane, de riz et de fleurs.

Belle vision pratique des choses !!!
Sur le trajet de l'ecole
Beaucoup d'ecoliers ont fait la route avec nous. Je ne comprenais pas trop, parce qu'on etait dimanche, mais ici les enfants vont a l'ecole du dimanche au vendredi, et le jour de repos, c' est le samedi !Viens voir Katmandou !
J'aime beaucoup Katmandou ! C'est tres grand, mais le plus interessant est la vieille ville, ou il y a toujours de nouvelles choses a decouvrir.
Avec Albane et Benoit, on aime bien boire un tchai (the au lait) tot le matin, en s'assayant dehors sur les marches d'un temple. On regarde les gens qui commencent leur journee. Il fait encore frais. Le tchai nous brule les mains et nous rechauffe.On adore ca et on sent que la journee qui vient sera belle...

Devant nous, des porteurs avec des sandales en plastique avancent, plies en deux, avec de lourdes charges sur le dos, juste tenues par une sangle sur leurs fronts.

Vu d'en haut, on dirait des fourmis qui transportent de grosses miettes de pain ! Quel travail !
De temps en temps, ils font une pause en choisissant un muret ou deposer leur paquet, puis ils repartent et disparaissent dans une ruelle au coin de la place.
En bas des marches, une dame accroupie etale ses fruits et legumes sur un grand plastique a meme le sol : choux, t
omates, radis, gingembre, citrons, epinards nepalais (ils ne ressemblent pas tout a fait aux epinards francais !)...
Son petit garcon joue a cote. Comme beaucoup de petits enfants, il a un bonnet en triangle qui lui couvre les epaules pour avoir bien chaud au cou ! Eux aussi ils boivent beaucoup de tchai pour se rechauffer !

Juste a cote, des gens emmitoufles dans leurs anoraks vendent des colliers de fleurs oranges et jaunes, pour faire des offrandes dans les temples hindous.
Les gens viennent tous les jours faire leur priere au temple : ils mettent de la nourriture (banane, riz, biscuits) sur la bouche des statues, et les entourent de colliers de fleurs.
En fait ce sont les pigeons qui passent derriere pour faire leur dejeuner !!!
Il y a meme un temple tres special et tres etonnant : regarde cette grosse pierre sur laquelle les gens ont cloue plein de pieces !Reponse (a lire a l'envers) :
Mes copains dans la rue

J'ai rencontre dans les rues de Katmandou des nouveaux copains : il y a Bicash, Sunday et beaucoup d'autres. Ils jouent souvent a Durbar Square, la place ou j'aime me poser sur les marches du temple avec Benoit et Albane.
Ils mendient de l'argent ou de la nourriture, aupres des touristes et des nepalis, et ca marche tres bien, surtout pour les plus jeunes !Pour une grande majorite, ils ont decide de quitter leur maison, qui etait parfois dans un village de montagne, car leurs parents ne s'occupaient pas d'eux ou les battaient trop. Ils pensaient que la vie a Katmandou serait plus facile. D'autres n'ont pas choisi et se retrouvent aujoud'hui dans la meme situation. Leur famille, c'est maintenant les copains avec qui ils vivent dans la rue !

Ils sont tres bagarreurs aussi, et ca je n'aime pas car ca me fait peur. Ils sont organises en bande avec un chef, et il le faut pour reussir a vivre dans la rue ! En effet les plus petits se font souvent racketter (voler) l'argent qu'ils gagnent par les plus grands.
Un jour, je suis alle avec eux a Karimati. C'est une maison ouverte pour eux par une association qui s'appelle APC-Nepal, soutenue par l'association francaise "Pomme Cannelle" (http://www.apc-nepal.org/, http://www.pommecannelle.org/).
Suivant le m
oment de la journee, ils viennent a Karimati pour boire du lait ou
du the, jouer, dessiner, danser, chanter, se faire soigner, apprendre et ecouter des histoires... ils adorent les histoires !!On leur a raconte l'histoire de l'elephant et du crocodile en anglais, avec quelqu'un qui traduisait en nepali... ce n'etait pas facile alors on a mime pour se faire comprendre !
Ils peuvent aussi parler de leurs problemes avec des adultes qui sont la pour les ecouter. Les adultes essaient de leur redonner envie de retourner a l'ecole et de revoir leur famille. Ils sont vraiment tres gentils avec les enfants !Chaque jour, il y a un moment special pendant lequel les enfants prennent le temps de penser a leur famille et font une priere pour eux.
Pour pouvoir manger 2 fois par jour un Dal Bhat (c'est du riz avec des legumes et des lentilles), ils doivent venir participer a un cours d'une heure. C'est soit un cours de nepali, soit d'anglais, soit de math. Et certains de mes copains sont tres forts !!! Ils connaissent l'alphabet sanskrit (qui sert en Inde et au Nepal), ainsi que notre alphabet et des mots anglais !!!
Dans la maison de Karimati, ils sont libres d'aller et venir comme ils veulent mais ils doivent respecter quelques regles : demander la permission de rentrer, ne pas se battre, se laver les mains, les pieds et la figure avant de manger, et obeir aux adultes !Ce sont les enfants qui balayent la maison, nettoient les verres, vont chercher des bidons d'eau dehors...
La nuit, soit ils dorment par terre dans la rue, en petits groupes, sous des couvertures et avec quelques chiens qui leur tiennent compagnie, soit ils peuvent aller dans la grande maison de Karimati, ou ils dorment dans des lits !
Pour ceux qui sont prets, il y a d'autres maisons d'APC a Katmandou avec des cours plus regulierement pour apprendre un metier. On y va tous les samedis avec mes copains, pour que tous les enfants se connaissent et se donnent envie d'apprendre mutuellement.On a aussi appris qu'il ne faut jamais donner d'argent et des choses qui peuvent se revendre aux enfants dans la rue, parce qu'en fait ils utilisent l'argent pour s'acheter des cigarettes et d'autres drogues qui ne sont pas bonnes pour eux.
