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jeudi 15 avril 2010

~~~~~~~~~~~~ CARNET DE ROUTE
~~~~Chine-Yunnan-Sichuan~~ 7 avril - 19 mai 2010

Sur les contreforts du Tibet


On a retrouve Yann, le frere d'Albane, qui nous a rejoint pour pedaler quelques semaines avec nous en Chine, sur les contreforts du Tibet (de Lijiang a Litang). Ben, un cycliste anglais (en bleu) que nous avons rencontre une premiere fois au Laos nous rattrape en route et reste avec nous quelques jours.
C'est donc a 4 que nous pedalons !!!

















Nous remontons des vallees arides creusees par une grosse riviere qui forme des volutes boueuses, impressionnes par l'entreprise que la construction de la route a du representer. Au dessus de nous, il y a des milliers de metres de pentes et de falaises, avec quelques sentiers que l'on apercoit de temps a autre franchissant les cols.

Quel plaisir de pedaler a nouveau dans les montagnes, de n'entendre que le rugissement des rivieres, et de planter la tente tous les soirs !!!
Ces pentes nous rappellent le Pakistan (*), le chemin se boucle dans nos tetes. Nous realisons a quel point nous aimons pedaler dans ces paysages !!!


Nous faisons la "connaissance" de nos premiers Mastiffs (gros chiens tibetains redoutes des cyclistes) des notre premier col, qui nous oblige a nous refugier dans la maison d'une famille Yi (une minoritee chinoise) qui nous a invite pour la nuit.
Petit a petit, la culture chinoise laisse la place a la vie tibetaine : les visages changent, on retrouve avec plaisir des stuppas, des mani-walls (murs de pierres sculptees de prieres), des moulins a priere et des temples.



Dans les courbes de la riviere, des petits villages se sont installes et maintiennent les seules taches vertes du paysage. Ils regroupent une dizaine de batisses qui ressemblent a de petits chateaux forts aux fenetres maquillees du trapeze noir tibetain.










Des motos pilotees par des moines en robes rouge filent de village en village, dansant sur les courbes de la route en faisant claquer des lanieres de cuir accrochees au guidon.
Le bruit des moteurs est noye dans la musique tibetaine diffusee a fond par les hauts parleurs des machines.

A leur arrivee dans les villages, les cochons noirs fuient en courant et criant, et les chiens allonges sur la route relevent tout juste leurs tetes pour voir s'il peuvent ou non continuer leur sieste.











On aime s'arreter dans les temples tibetains, parfois juste une piece sombre de quelques metres carres au centre de laquelle une vieille femme fait tourner le moulin a priere bossele qui grince un peu malgre le beurre de yack, en recitant des prieres au rythme de son chapelet. Une tige de fer fixee sur le moulin vient frapper une cloche a chaque tour... ting... ting... ting.... nos pensees s'evadent...


Et parfois ce sont des monasteres regroupant une centaine de moines. Ils sont assis en tailleur au coeur du temple, sur des d'estrades d'une vingtaine de cm de hauteur, pour reciter tres vite les prieres sur quelques notes, ponctuees de coups de cimbales, de trompes et de grands tambours avec des manches...



Nous nous amusons a chercher les photos du Dalai Lama dans les temples, interdites en Chine, mais conservees et dissimulees contrairement aux photos du Panchen Lama impose par le gouvernement et qui sont affichees bien en evidence. Parfois dans les villages, les photos du Dalai Lama ne sont parfois meme pas cachees, au nez et aux trois poils de la barbe des policiers chinois qui se retrouvent obliges de mentir a leurs chefs des villes dont le village depend pour ne pas se mettre la population locale a dos.



L'hospitalite tibetaine est de mise, les moines nous offrent du the au beurre de yack (que c'est bon de se bruler les mains sur les bols) et de la tsampa : farine d'orge grillee que l'on melange au reste du the pour la manger avec la main. Ca permet pendant ce temps de faire secher nos affaires en profitant d'une accalmie !


Puis ce sont des montagnes alpines sous la glace et la neige.
Le froid mordille le haut de nos joues qui depasse de nos echarpes et engourdit nos orteils.



Brrr, pas facile de se rechauffer meme dans les montees !!!
On se demande un peu ce que les prochains cols nous reservent....

La route etire son long sillon a travers les creux et les bosses, bravant les flocons qui essaient de la recouvrir, le vent, et quelques vagues de neige un peu plus audacieuses, puis finalement est submergee peu avant notre plus haut col (4725m !).




Le col nous reserve une belle surprise en nous devoilant un grand plateau a plus de 4000m d'altitude. Nous glissons en silence sur les vagues du paysage, pousses par le vent du sud froid. Des creatures de granite emmergent de cet ocean gele, chassees par des ouvriers qui les transforment en pierres de construction a coup de marteaux et burins














Encore quelques cols bien hauts, puis le paysage change completement en devalant vers une grande plaine tibetaine tachetee du pelage noir des yacks



(*) Dans le nord Pakistan, sur la Karakorum Highway, un gros glissement de terrain a bloque la vallee au niveau de Hunza en janvier dernier, ou nous avions rencontre une famille. Il cree aujourd'hui un lac qui menace des milliers de personnes en aval (http://www.dawn.com/wps/wcm/connect/dawn-content-library/dawn/news/media-gallery/17-hunza+floods+threaten+thousands-ek-01?pageDesign=new_MediaGallery_externallink6-6).

~~~~~~~~~ LE CARNET DE BIDULSTAN
~~~~Chine Yunnan Sichuan~~

Un travail de fourmis !!!

J'aime beaucoup rentrer dans les maisons des pays qu'on traverse. Ca me permet de voir et de mieux comprendre comment les gens vivent.
Les maisons tibetaines sont des grosses batisses carrees qui ressemblent a des petits chateaux aux toits souvent plats et aux fenetres entourees d'un trapeze peint en noir sur le mur.
Un jour, des gens nous ont crie Tashidelee !!! (bonjour en tibetain) depuis le toit d'une maison. Tiens, qu'est ce qu'ils font la haut ?


On a pose les velos et on a grimpe le talus juste a cote pour mieux voir...
En fait ils sont en train de contruire le toit de la maison : ils ont deja mis une couche de bois fendu pour l'isolation, puis ajoute des brindilles par dessus. Ils recouvrent maintenant le tout avec de la terre tassee qu'ils vont chercher dans le talus sur lequel on est.

On a pris des pelles, des pioches et des paniers et on les a rejoint.



Tous les gens qui travaillent sont des voisins venus donner un coup de main. D'ailleurs, heureusement qu'il y a du monde parce qu'il faut faire beaucoup de trajets pour apporter la terre !
On la transporte dans des paniers de bambous tellement lourds qu'il faut se mettre a 2 pour les hisser sur le dos de quelqu'un !!





Et en plus le chemin n'est pas facile : c'est raide et il faut marcher en equilibre sur une planche a 5 ou 6 metres de hauteur pour passer du talus au toit de la maison !


Puis on est rentre dans la maison pour manger, et moi j'etais doublement heureux : j'aime bien gouter ce qu'ils mangent, et j'avais envie de decouvrir l'interieur des maisons tibetaines !
Celle dans laquelle on est rentre est faite d'une seule grande piece couverte de bois, plutot sombre, qui sert de cuisine et de chambre commune en hiver.
Au milieu il y a une grande marmite de the sur le poele, qu'ils preparent en ajoutant du beurre de yack avant de passer le tout au mixeur.


On s'est tous assis par terre et on nous a donne des baguettes pour manger du riz, un espece de navet et des morceaux de yack graisseux. C'etait plutot bon !
En dessous de nous, au rez de chaussee, c'est l'etage des animaux : il y a des yacks, des cochons noirs et des chevres. Et au dessus c'est une piece ouverte sur une terrasse de toit qui sert pour dormir en ete. Le toit que l'on construit est encore au dessus.

A la fin du repas, on a ete chercher dans nos sacoches du cafe en poudre et c'etait tres amusant car ils ne connaissaient pas. Apres beaucoup de discussions, de questions et de rires, les plus courageux ont goute en trempant une de leurs baguettes en bois (qui servent pour manger) dans leur tasse et en la lechant, et ca plusieurs fois de suite... et finalement la moitie des gens nous a rendu le cafe car ils preferaient le the au beurre de yack !