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mercredi 15 juillet 2009

~~~~~~~~~~~~ CARNET DE ROUTE
~~~~Tadjikistan~~ 8 juillet - 3 août 2009

Nuit au poste

8 juillet 2009, on quitte Sary-Tash pour la frontiere Tadjik : 45km seulement et malgre le col a 4200m, la journee s'annonce tranquille et le temps est beau.

Embranchement en pate d'oie sans indication : on choisit la route qui part directement vers le Pamir : une chaine de sommets enneiges a 25 km du village.











Apres le passage de la frontiere Kirguiz au pied de cette chaine, on se retrouve en no man's land, au milieu des yacks et des marmottes, tout est permis donc !

L'asphalte se termine, la piste caillouteuse commence a monter severe et les orages nous encerclent.



Peu de temps apres, il grele...


On est encore plein de courage a ce moment-la !


Des touristes allemands redescendent en sens inverse en voiture. Bien a l'abri, ils s'arretent nous questionner et nous encourager... leur guide Kirguiz nous offre du the chaud pour accompagner notre pain et nos sardines en boite ! Ah quel bonheur !



Les derniers metres sont difficiles a cause de l'altitude mais le soleil nous recompense en haut, nous offrant une belle vue des 2 cotes.
La frontiere Tadjik est juste de l'autre cote. Comme cette frontiere a ete retracee recemment, les douaniers logent et travaillent dans des containers en attendant les prochaines constructions.
On se fait enregistrer dans 2 containers differents, puis a fond les ballons sur la piste qui descend !
200m plus loin, Benoit entend siffler...on hesite a faire la sourde oreille : c'est le controle de narcotique qui nous rappelle. 2eme coup de sifflet, ok, on remonte...3eme container et 3eme enregistrement dans un cahier.

Mais surprise : le cahier est rapidement remplace par la theiere et les biscuits qu'on devore tout en discutant (ben oui, ca creuse l'altitude) !

En sortant du container, les velos sont couverts de neige avec un vent violent....beurk, le courage commence a manquer !

2eme the, ils resortent des biscuits, du raisin... et on commence a discuter des possibilites de planter la tente dans le coin. Ils ne sont pas bien chaud - forcement, vue la temperature. Finalement ils nous proposent un container pour passer la nuit, un peu crade, bien froid, mais on est bien content d'attendre une meilleure meteo pour reprendre les velos.

Chorba (soupe), alcool de framboise - chacun suit sa religion a sa facon... - pasteque et l'indispensable the.



Avec nos quelques mots de russe et la framboise, on arrive a tenir la conversation toute la soiree.

La nuit est frigorifiante, et on est content de quitter les duvets pour le petit dejeuner avec eux a 6h. Le sejour au Tadjikistan commence bien !

Tadjikistan, premieres impressions




Tadjikistan...ce nom nous faisait rever, on nous en avait dit tant de bien...nous y voila !




La vue de Sary-Tash sur les montagnes enneigees du Pamir nous confirmait notre image que le Pamir, ce serait de hauts sommets enneiges...

Apres le col de la frontiere a 4200m, c'est un changement radical....des montagnes desertiques, parfois avec des paysages lunaires, des roches grises et noires, parfois avec des tons ocre, rouge, jaune, vert...de moins en moins d'herbe et pas d'arbre. On est surpris, on ne s'attendait pas a ca !
Du vent aussi bien sur, pour completer l'impression de secheresse qui se degage de ces paysages.
On longe la frotiere chinoise sur des Km et des Km...
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Les villages sur notre carte, espaces de 50 ou 60km, sont en fait constitues d'une ou 2 maisons ou yourtes...quand ils existent !









On le decouvre en se faisant aboyer dessus par un chien lors de notre passage sur la route : un homme sort de la yourte suivi par un petit garcon qui court derriere...on demande si c'est encore loin Muzkol ? non c'est ici ! surprise ! il nous invite a boire le the, manger le plov. On apporte des gateaux pour les enfants et des concombres et pommes qui ne poussent bien sur pas ici ! Ils sont Kirguiz, d'ou la yourte, et on touche du doigt la logique du trace des frontieres...
Chouette moment d'echange dans cette famille, sa mere agee finit par venir boire le the avec nous, il lui traduit ce que nous disons, elle semble tres interressee ! On essayera de revenir les voir au retour puisque nous repassons par ici !

Les 'vrais villages', Karakul par exemple, une cinquantaine de maisons, sont a l'image du paysage : des blocs carres en terre, avec un toit plat, et de grands poteaux plantes partout, des poteaux electriques, mais pas d'electricite ! L'absence de gens dans les rues complete cette impression d'aridite, ils sont tous partis dans les montagnes avec les betes.

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Les paysages magnifiques se succedent, apres notre plus haut col a 4655m, une longue descente...il n'y a rien d'autre a faire que de tenir le guidon, a 30km/h, et d'admirer tout autour de nous ! On ne sait ou donner de la tete tellement c'est beau !

Heureusement qu'on n'est pas en voiture, on irait trop vite pour en profiter vraiment !

60km apres Murgab, un jour de grand vent et de grand froid, sur cette route desertique, on fait une pause the a Mamazai, 2 maisons seulement aussi, dont une qui fait guesthouse. La femme a 2 petites filles, 1 et 3 ans. Quand elles auront l'age d'aller a l'ecole, ils demenageront a Murgab...

Puis le dernier col avant Khorog, et la, surprise de nouveau : tres vite, il y a des arbres, de l'herbe, des rivieres a profusion...on realise combien la verdure rend une maison accueillante !
Bien sur, les habitations se multiplient le long de la riviere principale, les invitations aussi...on doit en refuser sinon on n'avancerait plus, surtout qu'on essaie de pedaler uniquement le matin, quand le vent est le moins fort !

La pause the de 10h nous fait quand meme rencontrer une chouette famille Tadjik, dont les 2 garcons courrent a la route, quand ils entendent une voiture, pour tenter de lui vendre une bouteille de Kefyr (yaourt)...
On a d'ailleurs fait un regime a base de calcium ces derniers temps ! le the est accompagne de pain, beurre, creme et kefyr ! matin, midi et gouter !

Le meme jour, nos 60km avales, on dejeune dans l'herbe au bord de la route. Un vieux monsieur, tres digne, et semblant tres cultive, arrive avec sa canne, il nous gronde gentiment "comment pouvez-vous manger ici alors que ma maison est juste derriere?"...on remballe donc notre pain et notre kefyr (quand je vous parlais de regime !), et on va chez lui 200m plus loin !
Nahim a perdu sa femme et vit avec ses 2 soeurs, qui n'ont pas eu d'enfants.
Drole d'impression qui se degage de cette famille...l'air triste et renferme de la plus grande soeur, l'air heureux de nous accueillir de l'autre soeur qui sort the, pain, beurre et kefyr ! et l'air rejouit de Nahim, qui se vautre dans les coussins...

C'est la famille "Niet problem !". "Vous n'avez pas froid ? niet problem ?", "Vous voulez planter la tente ? niet problem !", "allez-y mangez, niet problem !"...
Nous nous reposons dans le jardin puis plantons la tente chez eux, dinons avec eux, passons la soiree a s'echanger les noms de musiciens et d'auteurs russes et francais...d'ailleurs, on a ete incapable de trouver un nom de musicien classique francais ! Effectivement Nahim est tres cultive !

Prochaines nouvelles a Kashgar en Chine si internet veut bien fonctionner !

Ici, Spoutnik est le dieu d'internet : "ca ne marche pas ? c'est la faute a Spoutnik!" nous explique-t-on en montrant le ciel ! Merci Spoutnik de nous avoir ete clement pour ce coup-ci !

Le Vent

On l’apprecie parfois, quand il gonfle les voiles d’un bateau, quand il seche le linge, quand il nous rafraichit les jours de forte chaleur, quand il chasse les moustiques, les poussieres soulevees par les camions qui nous doublent…
Et puis parfois, on le deteste, plus que ca, on le hait…

Droles de sentiments provoques par le Vent !

Ce Vent d’ouest, Albane essaye de deviner quelles nouvelles d’Occident il veut bien nous apporter…c’est drole et un peu rassurant d’imaginer qu’il a d’abord caresse vos cheveux avant de venir nous voir !
Ce n’est pas possible qu’il continue encore longtemps avec cette force-la, il va bien finir par s’essouffler…
Mais il le prend ou tout cet air ? Avec tout ce que ca souffle depuis ce matin, il ne devrait plus y en avoir du tout de l’autre cote…Meme etonnement que pres d’une riviere : comment peut-il y avoir autant d’eau, qui coule avec autant de force, pendant autant de temps ?!



On sent toute sa force qui nous contre, qui nous appuie sur le corps, qui appuie sur les sacoches, la roue avant est emportee dans les bourrasques, ca siffle dans les rayons, …nous, on force sur les pedales, en se disant que ca va peut-etre passer. Il faut garder espoir si on veut continuer a avancer !

On alterne la place de devant, celle de celui qui force pendant que l’autre se repose un peu. Ca ressemble aux quarts de nuit “chouette, je peux dormir encore 1h, l’autre veille”. “Encore 1km de repos puis ce sera mon tour de passer devant”. Seuls moments de repit finalement !
On espere qu’avec la vallee a droite qui debouche sur la route, ca va modifier les mouvements d’air…et peut-etre annuler le Vent, ou mieux nous le mettre dans le dos !
Mais il ne faut pas rever, vallee après vallee, col apres col, tournant après tournant, le Vent persiste a suivre le sens de la route…
On aimerait lui rentrer dedans (ce qu’on fait malgre nous finalement!), le mordre, le frapper… on l’injurie a voix haute (qu'est-ce que ca fait du bien !), on s’enerve, on lui en veut. Avec toute l’absurdite que c’est que d’en vouloir aux elements naturels, aux choses qu’on ne maitrise pas…


Mieux veut garder son energie pour les pedales. On tente de se raisonner “allez, ca va avec le voyage, il y’a des jours plus galeres que d’autres…”. Et toujours cette force qu’on sent nous contrer “mais pourquoi?”. Ca donne envie de pleurer parfois ce sentiment d’impuissance.




Et toujours ce sifflement, ce bruit incessant, fatiguant a force. Et le froid qui va avec.
Meme dans les descentes, il faut forcer sur les pedales pour atteindre un petit 11km/h…et dire qu’on pourrait faire du 30km/h ! Ca degoute !


A tour de role, on essaye de remonter le moral de l’autre, de sourire quand meme, de plaisanter sur le Vent. On se reconforte d’un Snickers, excellent achat fait sur les conseils de Reto, un cyclo Suisse venant du Tadjikistan qui nous avait prevenus que le cours du snickers etait eleve mais qu'on en trouvait !


Meme pas moyen de planter la tente de toutes facons, elle ne tiendrait pas. Mieux vaut avancer.



On se sent tout petit quand on realise ca, ca fait un petit peu peur.


Et puis les jours de visas qui se decomptent doucement, aura-t-on le temps de faire toute la route nous-memes a ce rythme-la ?


On prendrait bien un camion tellement on en a marre…sauf qu’il ne passe que des petites voitures, le coffre bonde, qui envisagent quand meme si gentiment de nous aider : “je peux peut-etre en prendre un des 2 ? ils se plient vos velos ?”. Ils sont tellement prets a tout ! On aurait a peine mis 2 sacoches dans leur coffre…mais c’est reconfortant cette envie d’aider !

Toute la journee, a chaque pause the dans une yourte ou une maison, Benoit se demene, avec son petit dictionnaire de russe et ses 2 mains, pour savoir si le vent va toujours dans cette direction, dans ce sens, d’ici vers la, de Khorog vers Murgab ?…rien n’y fait, ca semble depasser completement les gens qu’on interroge ! Ce discours de sourds fait sourire Albane…ca fait du bien d’etre a l’abri du vent meme si on l’entend se dechainer dehors et qu'il va falloir y retourner !


14 juillet…on ne savait meme pas que c’etait le 14 juillet, ce sont des cyclistes Suisses, Stephane et Jessica, croises en fin de journee qui nous l’ont dit avec leur charmant accent “ah, mais c’est votre fete aujourd’hui !”. Et ils nous ont confirme ce qu’on pensait, le vent souffle toujours dans ce sens-la ! Eux nous comprenaient, meme s’ils avaient le Vent dans le dos ! Ca a fait du bien de se sentir compris, on est reparti avec plus de courage…merci a tous les 2 et bonne route a vous !

La Wakan, c'est...

Une vallee qui marque la frontiere entre le Tadjikistan et l'Afghanistan,

Les nombreuses patrouilles de militaires, dont on se mefie un peu,








Une semaine de velo, dont 100 km de route et 200 km de piste, la plus dure que nous ayons faite pendant ce voyage (a cause du sable et des montees),

Une vallee dans laquelle le troc est important, car il n'y a pas d'argent pour payer le travail, et dans laquelle la majorite des personnes avec qui on en a parle preferaient l'epoque sovietique,


Une lumiere ecrasante, de la poussiere,
tres peu de magasins pour se ravitailler, parfois pas grand chose a manger





















Mais la Wakan, c'est aussi :

Une frontiere, avec des gens qui parlent la meme langue des deux cotes (Afghanistan et Tadjikistan),



Une des deux routes mythiques du Pamir (avec la Pamir Highway par laquelle on est venu a Khorog) qu'on avait envie de decouvrir,


Une impression d'etre au bout du monde,


Les paysages arides et les oasis verts des villages qui contrastent,


Quelques hauts sommets glaces qui depassent cote Afghan,

Des villages de pierres et les maisons pamiries, les murs avec des branches epineuses pour les betes,



Les habitants qui nous invitent pour le the, la grande occupation dans les champs pour les pommes des terre, le ble et les foins,





Les enfants qui nous offrent des abricots,

Ceux qui nous aident a pousser les velos dans la grosse montee apres Langar

Les chercheurs de pierres precieuses "clandestins", et ceux qui sont un peu fiers de nous dire (mais chut !) qu'ils sont passes plusieurs fois en Afghanistan,

Et des arrets dont on se souvient !


Les maisons pamiries

Tout le long de la Pamir Highway, route principale qui relie la pass de Koy Tezek a Khorog, puis le long de la Wacan qui forme la frontiere avec l'Afghanistan, on passe a cote de maisons bien particulieres.
Vues de l'exterieur, elles semblent simples : des maisons carrees en terre, souvent sans fenetres, avec une toiture plate qui forme juste une bosse en partie centrale.
Mais ca vaut le coup de passer la porte pour decouvrir les maisons pamiries !

La famille de Tahrmina construit sa nouvelle maison a Shitkharv, un village de 500 habitants dans la wacan. Ils sont dehors, les mains dans la boue, pour recouvrir les murs exterieur. Ca ne les empeche pas de nous faire signe a notre passage pour prendre le the.

Tahrmina se passe les mains dans le ruisseau et nous invite a rentrer dans sa nouvelle maison. Du the, on passe rapidement au repas traditionnel de midi dans le Pamir (identique au petit dejeuner d'ailleurs, et parfois au repas du soir sinon plus consistant) : du pain emiette dans du lait sucre. On decouvre les 4 enfants de Tahrmina : Moise, Praviz, Shobegin et Faramuch, le plus grand des fils qui organise le "chantier terre".
Faramuch et Tahrmina nous expliquent que les maisons pamiries sont construites selon des regles vieilles de plusieurs millenaires, autour de 5 piliers voues a Hassan et Hussein (de part et d'autre de l'entree), Ali, Mohamed et Fatima.










Vue de l'interieur, on comprend mieux la bosse centrale de la toiture : il s'agit d'une lucarne a deux pans, appelee Tsorkhona, construite en superposant 4 carres de bois representant les 4 elements. Elle permet d'apporter de la lumiere, d'aerer en relevant un pan et d'evacuer la fumee du poele central.

Entre les 5 piliers, c'est la fosse centrale au meme niveau que le sol exterieur. Tout autour, des piliers aux murs exterieurs, ce sont les banquettes surelevees d'une cinquantaine de centimetres. Elles servent pour dormir, cuisiner et s'asseoir en tailleur pour manger autour d'une table basse. Tout est recouvert de tapis, y compris les murs.
Le portrait d'Aga Khan, Imam des ismaelites, est accroche a un pilier. On le retrouve dans toutes les maisons ismaelites. Il a beaucoup fait pour le Tadjikistan, notamment pour le sortir de la famine dans les annees 90.

Faramuch nous montre egalement le four a pain construit sous une des banquettes qui permet en meme temps de chauffer la maison.

On n'a roule que 20 km ce matin, mais on accepte volontiers la dizieme invitation de Tahrmina pour rester jusqu'au lendemain.

Benoit se transforme l'apres midi en ouvrier de Faramuch pour recouvrir les murs de terre (ca ne change pas trop de la France finalement !) pendant qu'Albane cuisine un plat "francais" avec Tahrmina : alors, on a du riz, 5 oeufs deniches avec beaucoup de mal dans le village et quelques legumes, plus quelques biscuits...

Le soir, Benoit est invite a s'asseoir a cote du pilier Mohamed. C'est la place du Khalifa, le chef spirituel du village s'il vient dans la maison. C'est donc un honneur ! On cloture toujours le repas par un petit signe de priere : assis en tailleur, on presente les 2 mains a plat, on les joint devant le visage puis on les descend vers le buste en disant un petit mot qu'on n'a pas compris.
On dort le soir avec la famille, sur les tapis des banquettes, bien au chaud sous les nombreuses couvertures.

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